Ah, l’Argentine ! Un pays qui occupe une place particuliere dans notre imaginaire : Buenos Aires et son tango, la Pampa et ses gauchos, les vastes etendues de la Patagonie, ses steaks ! Et quels steaks, mes aïeux ! Lorsque tu commandes un ‘bife de chorrizo’, on t’amène un morceau de boeuf de plusieurs centimètres d´épais et qui pèse pas moins de 500g (Pour les touristes, ils font aussi la ‘media porción’ à 350 g !). Et si on ajoute à cela des vins, que mon palais, peut-être gâté par 6 mois de bière, trouve tous excellents, on n´est pas loin du bonheur. Le seul hic de la cuisine argentine, c´est le manque de variété, notamment dans le choix des légumes : papas fritas, papas al natural, papas duquesne, pure de papas .. Le seul moyen de manger autre chose que des pommes de terre, c´est en salade. Une autre image de l´Argentine, que je n`avais pas avant d´arriver mais qui est sans doute la plus caracteristique car on la retouve dans tout le pays et ce quelle que ce soit la classe sociale, c`est le Mate (prononcer maté). Ce qui s´en rapproche le plus serait sans doute le thé, mais en complètement différent ! Pour faire un mate, il faut : - de la yerba mate, c´est à dire des feuilles séchées et coupées, isues d´un petit arbuste (Ilex paraguariensis ca c´est pour en jeter un peu) que l´on cultive principalement dans le nord de l´Argentine et au Paraguay, - le mate proprement dit, qui est une sorte de calebasse dans lequel on va faire l´infusion, - une bombilla, une paille en général en métal avec au bout un bulbe percé de trous qui sert de filtre et évite que les feuilles remontent dans le tube, - une thermos contenant de l´eau chaude, - des amis, car la philosophie meme du mate reside dans la convivialité. On commence par remplir le mate au ¾ de yerba mate, puis on rajoute de l´eau chaude jusqu´à effleurer le haut de l´herbe, puis on boit par l´intermédiaire de la bombilla avant de passer à son voisin en complétant d´eau chaude à chaque fois (un peu comme une cigarette qui fait rire que l´on fait circuler et qu´il faut régulièrement rallumer !). La première fois que l´on y goute, on essaie de ne pas grimacer, car c´est vraiment très amer, mais on finit par s´habituer. Chaque Argentin se balade avec sa thermos, som mate, sa bombilla et son sac de yerba mate, et n´importe quel café, restaurant ou meme station service vous remplira la thermos d´eau chaude sur simple demande. C´est donc une véritable institution ici : la consommation annuelle moyenne par personne est de 5 kg (il parait qu´en Uruguay, c´est 2 fois plus !). Je n´ai pas prévu de visiter l´Argentine cette fois-ci (il faut faire des choix !), et je ne m´arrête à Buenos Aires que pour prendre des cours d´espagnol, ou plutôt comme on dit ici de ‘casteshano’ (les Argentins prononcant tous les ‘ll’ et ‘y’ : sh), avant de filer vers le sud du Chili en faisant éventuellement étape à Ushuai (en Patagonie, la question n´est pas « être ou ne pas être » mais « cela vaut-il le coup ou non d´aller à Ushuaia ? »). Mais finalement, j´y passerai plus de temps que prévu. J´arrive donc à Buenos Aires avec 4h de retard : il est 15 h à ma montre (et à celle d`American Airlines). De New-York, j´avais pris contact avec ‘Amigo Spanish’ une association de professeurs qui propose des cours individuels, et on avait fixé le rendez-vous à 16h. Je les contacte donc dès mon arrivée pour reporter le rendez-vous au lendemain à 9h30. Le lendemain, j´arrive donc au lieu de rendez-vous, un café situé dans le barrio San Telmo (je trouve ca très bon esprit d´avoir des cours d´espagnol dans un bar !), à 9h20 pour y retrouver Agostina, ma professeur d´espagnol pour les 6 prochains jours. La première chose qu´elle me demande c´est l´heure qu´il est (pourquoi pas ?), et lorsque je lui réponds, elle m´annonce qu´il est en réalité 10h20 ! (Horaire d´été oblige !) Sic ! Visiblement, ce n´est pas la 1ère fois que cela arrive, car ne me voyant pas arriver à 9h30, elle a décidé d´attendre 1 heure de plus. Malgré ce démarrage, le contact passe super bien : Agostina est une jeune Argentine de 25 ans, fan incontestée d´Amélie (Poulain) et qui a le coeur sur la main (si elle le pouvait, elle recueillerait tous les enfants des rues !). Les cours (2 à 3 heures par jour) sont également l´occasion d´échange sur l´Argentine et la France, des bons plans sur Buenos Aires, et des endroits à visiter en Argentine et même en Colombie (l´un de ses collègues étant Colombien). Bref, à chaque fois, le temps passera beaucoup trop vite ! Je prends finalement 16 h de cours sur les 6 jours que je passe à Buenos Aires : les 3 premiers jours, j´arrive à assimiler les connaissances, mais ensuite, je sens qu´il me faudra du temps pour digérer toutes les infos dont m´abreuve, à ma demande, Agostina. Le reste de mes journées, je visite Buenos Aires. C´est une ville, qui par bien des aspects, pourrait se situer en Espagne (ils n´aiment pas quand on dit ca) ou en France (ils préfèrent). On se rend compte qu´on n´est pas en Espagne par la propreté des rues et la discipline des gens (Comme à New-York, les gens font la queue pour attendre le bus et on peut voir des files s´étirer sur plusieurs mètres !). C´est une ville vraiment très agréable, et si Vientiane reste ma capitale préférée, Buenos Aires est sans contexte la ville de plus d´1 million d´habitants qui a mes faveurs. Elle est découpée en barrios à l´atmosphère très diffèrente les uns des autres : San Telmo, l´âme de Buenos Aires et mon barrio préféré, avec ses vieux cafés, ses rues animés (tango, groupes de musique, guitaristes, ...) notamment lors de la foire artisanale chaque dimanche, le Microcentro, le coeur commercial et financier de la ville, Puerto Madero, un port très bien réaménagé et où il est agréable de déambuler, Palermo, le quartier ´hip´avec ses bars et restaurants branchés qui attirent la jeunesse de Buenos Aires les week-ends, ... Je file donc ensuite directement à Rio Gallegos, dans le sud de la Patagonie argentine. C´est un peu le Udomxaï argentin : tu es obligé d´y passer dès que tu voyages dans le sud de la Patagonie, mais moins tu y restes mieux tu te portes ! A ce moment là, j´hésite toujours sur la suite : Ushuaïa (les avis divergent sur son intérêt, au-delà du fait de pouvoir dire « je suis allé dans la ville la plus australe du globe », ce qui d´ailleurs est faux puisque ce titre revient à Puerto Williams une ville chilienne située juste au sud de Ushuaïa, mais là je chipote !) ou aller directement au Chili. Finalement, je fais une croix sur Ushuaïa lorsque j´apprends qu´il y a 3 à 4 jours d´attente pour avoir une place dans un bus (c´est le pic de la saison touristique : congés d´été en Argentine et saison idéale pour visiter la Patagonie et la Terre de feu). Ce sera d´ailleurs mon gros problème : j´avais oublié qu´un bus pouvait être complet (je pense que cela amuserait beaucoup les chauffeurs indiens ou laotiens) et il me faut prendre l´habitude de réserver les bus 1 ou 2 jours avant le départ (et parfois même les hostals !). Finalement, avant de passer au Chili, je fais étape dans le parc national Los Glaciares. Je m´arrete donc à El Calafate, une ville hors de prix et sans intérêt, mais qui mérite qu´on s´y arrête une journée pour aller voir le glacier Perito Moreno, pas l´un des plus étendus mais sans aucun doute l´un des plus impressionnants : haut de 60 m, il avance de 60 cm/jour sur les côtés et de 5m/jour en son centre ! C´est une expérience sonore autant que visuelle : craquements innombrables émanant du coeur du glacier, et par moments, d´énormes blocs de glace se détachent du front et tombent dans le Canal de los Témpanos (canal des icebergs). Une fois ceci fait, le mieux est de se déplacer à El Chaltén, un peu plus au Nord, dominé par la silhouette impressionnante du Mont Fitz Roy. C´est une ville récente (établie en 1985 pour revendiquer ces terres avant que le Chili ne le fasse), qui a un peu des allures de ville de bout du monde, et c´est l´endroit idéal pour faire des randonnées à la journée car tous les treks partent du village. En plus, durant les 5 jours que je passe ici, j´ai la chance d´avoir un temps superbe. Je retrouve avec plaisir la montagne et m´en donne à coeur joie : départ à l´aube (d´un autre côté, ce n´est pas très difficile, le soleil se levant à 8 h !) et 8 à 10 h de marche (tout ca pour pouvoir faire des boucles !). Les Argentins étant vraiment des gens adorables, je décide finalement de m´y attarder un peu et remonte côté argentin pour rejoindre la région des lacs : 35 heures de bus (et ici, ce n´est pas parce qu´ils font du 20km/h de moyenne). Et même s´ils sont plus confortables que ce que j´ai connu en Asie, après 2 nuits dans le bus, j´arrive un peu d´équerre ! Je passe 10 jours dans la région : Bariloche, El Bolsón (mon lieu préféré dans le coin pour son côté authentique et ses possibilités de rando), San Martin de Los Andés (une petite ville charmante au bord d´un lac, mais j´y arrive début mars et malheureusement, tous les transports publics pour rejoindre les débuts de rando s´arrêtent fin février avec la fin des congés scolaires et comble de malchance, une partie du parc national est fermée pour cause d´incendies) et Villa La Angostura près de la frontière chilienne. Là, ayant renoncé à mes rêves d´Indiana Jones, je décide de voir si je suis plus performant en cavalier qui surgit hors de la nuit ! Comme je n´ai peur de rien, je prends une randonnée à la journée (7-8 h) jusqu´au Cajón negro. Nous sommes deux (Michel, un autre francais) avec le Gaucho, Andrés. Tout se passe bien jusqu´au moment où il faut contourner un passage où le chemin a tendance à s´effondrer. Là, mon cheval veut prendre au plus court (Encore un adepte du `Todo Recto` !). Je l´arrête, mais comme il a très bien compris qui était le maître (il lui aura tout de meme fallu une demi-heure !), il refuse de bouger et même la trique que me coupe Andrès n´y fait rien. Il faudra qu´il vienne le tirer par les rênes. Suite à cet incident, il me fera changer de cheval avec Michel (visiblement beaucoup plus à l´aise). Et même si j´émets des doutes sur le fait que cela vienne du cheval, il est vrai que cela se passera beaucoup mieux avec Choique, beaucoup plus docile. Mais mes rêves s´effondrent définitivement lors du premier galop. Je décide d´etre dynamique histoire de ne pas subir les chocs, mais cela a l´effet inverse : au bout de 50 m, je me trouve en déséquilibre, après 100 m, j´ai un pied hors de l´étrier et je tente tant bien que mal d´arrêter ma monture, qui voyant ses compagnons poursuivre, ne comprend pas et après 150 m , je finis par réussir à l´immobiliser, au moment où je commencais a me dire que j´allais voir le sol de très près. Sur les galops suivants, je me prendrai tous les chos (Aïe mon dos !) mais au moins, je resterai sur ma monture ! En tout cas, la rando était vraiment sympa, et comme partout dans la région, les paysages étaient superbes. Chose suprenante, le lendemain, en dehors de quelques courbatures dans les cuisses et le bas du dos, tout va bien : même pas mal aux fesses ! Il faut dire qu´ils recouvrent leurs selles d´1 peau de mouton bien épaisse. Je me décide enfin à quitter l´Argentine pour le Chili, mais il faudra absolument que je revienne (on m´a vivement recommandé le nord). PS : Suite à des évènements indépendants de ma volonté et dont vous serez tout bientôt (dès que je mets à jour le récit sur le Chili), je n´ai aucune photo de mon périple en Argentine. Sniff ! |