| Je viens de commencer à trier mes photos du Laos, et je me suis rendu compte avec consternation que sur les 3 semaines passés dans le nord, je n´ai quasiment que des photos de soirée ! ;-) Alors, déjà que j´avais eu droit à certains commentaires (totalement injusitifés !), comme quoi, même si la nourriture française me manquait un peu, au vu des photos, côté boissons, cela semblait aller ! Mais bon, comme dit un certain Babe Ruth (un grand philosophe américain ;-) ) : "Sometimes when I reflect on all the beer I drink, I feel ashamed. Then I look into the glass and think about the workers in the brewery and all of their hopes and dreams. If I didn't drink this beer, they might be out of work and their dreams would be shattered. I think, it is better to drink this beer and let their dreams come true than be selfish and worry about my liver." J´arrive donc dans la capitale, Vientiane, et après 1 mois dans le nord du Cambodge et le sud du Laos, ça fait bizarre de revoir une telle circulation. Et pourtant, le premier choc passé, Vientiane s´avère être une capitale vraiment tranquille et agréable à l´image du reste du pays. C´est d´ailleurs l´une des rares capitales où je pourrais vivre sans problème. Il faut dire qu´avec ses 200 000 habitants, c´est loin d´être une mégalopole ! Je profite de 3 jours pour visiter la ville et les environs, à pieds, en vélo et à moto. Entre autres : le Pha That Luang, un stupa qui est le monument religieux le plus important du Laos et qui en est devenu le symbole national, le Pathuxai, un arc de triomphe qui a un petit air de ressemblance avec son cousin parisien, des temples, et le Wat Xien Khuan ou Bouddha Park. Il s´agit d´un parc créé en 1958 par Luang Pu (Vénérable grand-père) Bunleua Sulitat, un prêtre-shaman-bonze qui a tenté de fusionner les religions hindouistes et bouddhistes. Le parc rassemble un ensemble de sculptures mélangeant des éléments des 2 religions combinés à une petite pointe de n´importe quoi. Bien que peu étendu (il en existe un plus grand côté thailandais qu´il a édifié lorsqu´il a fui la révolution communiste en 1975), c´est un lieu où il est agréable de flâner, et pour celui qui veut discuter avec des etudiants laotiens ou de jeunes bonzes, c´est l´endroit idéal : c´est d´ailleurs assez amusant de les voir te suivre sans oser t´aborder jusqu´a ce que tu leur lances un « Saibadii baw ? » (« Comment ca va ? ») meme si parfois un simple sourire franc et sincère suffit a les mettre en confiance. Je prends ensuite un bus de nuit pour Luang Prabang, pour ce qui sera ma plus mauvaise nuit depuis le début du voyage : fièvre, nausées, diarrhée (qui heureusement ne deviendra sévère qu´une fois arrivée a destination) se sont ajoutées a la crève que je traîne depuis quelques jours. Je reste bloqué 3 jours a Luang Prabang passant une bonne partie de mes journées dans la chambre. Ne voyant pas d´amélioration, je finis par consulter un médecin, et même s´il ne daignera pas m´ausculter et se contentera de la description de mes symptomes pour finalement me dire de prendre un antibiotique que je lui dis avoir avec moi, cette visite aura son effet psychologique et ça ira de suite beaucoup mieux ! Je peux donc enfin poursuivre ma route jusqu´à Nong Khiaw, un petit village au bord de la Nam Ou, auquel on ne peut accéder qu´en bateau, pour retrouver Saang (j´ai eu confirmation à la Lao Youth Travel, pour laquelle il travaillait, qu´il était toujours là-bas et qu´il avait ouvert sa propre agence). Avant chacune des rencontres, je serai assailli par les doutes : vais-je le retrouver ? Me reconnaîtra-t-il ? Se souviendra-t-il seulement ? Car même si je garde un souvenir très fort de chacune de ces rencontres, qu´en est-il pour eux ? C´était il y a 4 ans ! Pour ces premières retrouvailles, les doutes s´envoleront tres vite : alors que je marche dans Nong Khiaw, j´entends un « Philippe » et découvre Saang tout sourire me faisant signe. Il ne pouvait pas me faire plus beau cadeau. Est-ce la peine de préciser que la soirée qui suivit fut bien arrosée de Lao Lao et Beerlao. Le lendemain, nous testerons d´ailleurs un nouveau concept d´activités qui manquait à son catalogue. Après le « 2-days trekking tour» et le « 2-days kayaking tour », voici le « 2-days drinking tour » : tu prends un bateau puis un tuk-tuk pour rejoindre un village où a lieu une fête (en l´occurrence, anniversaire d´une victoire locale contre les Américains) et là tu bois des Beerlaos et du Lao Lao. Sur le chemin du retour, tu t´arrêtes chez une amie de Saang ou tu bois du Lao Lao. Et comme il se fait tard, et que de toutes façons, le pilote n´est plus en état de ramener le bateau depuis bien longtemps, tu t´arrêtes pour passer la nuit chez un oncle de Saang où tu manges (ouais, un peu quand même) et boit … je vous le laisse deviner en mille … bingo ! des Beerlaos et du Lao Lao ! (Les aspirines sont compris dans le package !). Je reste une journée de plus, puis comme Saang doit accompagner une descente en kayak jusqu´a Luang Prabang, je décide de poursuivre ma route aussi. Cela me laisse plus d´une semaine sur Luang Nam Tha avec Keo et Phone avant de rejoindre tranquillement Bangkok. J´ai même sans doute le temps de faire un petit trek. Du moins, c´est ce que je crois à cet instant. Apres une longue journée de transport pour rejoindre Luang Nam Tha, où j´arrive à 21 h, je suis à 2 doigts de commettre une Fatal Error. Ignorant les touristes qui se précipitent sur le seul et unique tuk-tuk qui attend à la gare routière, je m´apprête à parcourir à pieds les 500 m qui me séparent du centre-ville. Comme il fait nuit noire, et qu´il y a 4 ans, j´étais parti dans la mauvaise direction, je préfère demander ma route à un Laotien. Le doute m´envahit lorsqu´il me répond « tuk-tuk ». Je lui demande alors à quelle distance se trouve le centre-ville, et la réponse tombe : « 10 km » ! Ne cherchant pas à comprendre, je me précipite vers le tuk-tuk et trouve une petite place sur le marchepied. Eh oui, en 4 ans, la ville a connu de nombreux changements, à tel point que j´ai du mal a la reconnaître : la gare routière a été deplacée à l´extérieur de la ville, les rues poussiéreuses qui lui donnaient un petit air de Far-West ont été goudronnées et sont même bordées de lampadaires et le vieux marché a été déplacé dans des bâtiments tous neufs. Le lendemain, il se met à pleuvoir et cela ne fait pas semblant. Je renonce donc à louer une moto ou un vélo pour partir a la recherche de Keo qui habite dans un village au sud de Luang Nam Tha, et tente plutôt de trouver Phone. Cela ne sera pas sans mal : je situais à peu près le restaurant qu´il tenait et dans lequel j´avais fait leur connaissance il y a 4 ans, et j´en visualisais très bien la façade, mais c´était sans compter qu´il l´ait depuis fermé n´ayant plus le temps de s´en occuper ! Je finirai par retrouver sa trace à force de montrer sa photo dans la rue. Là encore, la surprise et la joie se liront sur son visage et la soirée sera bien arrosée ! Il a finalement réalisé son rêve d´il y a 4 ans et travaille dans le tourisme. J´apprends que c´est également le cas de Keo, mais que depuis 2 mois, il travaille à Phongsaly (au Nord-Est, dans l´une des provinces les plus reculées du Laos). Je savais que c´était le genre de choses qui pouvait arriver mais je ne peux m´empêcher d´être un peu décu (c´était l´une des personnes que je souhaitais le plus revoir). Phone m´invite au repas de mariage d´un de ses amis, qui a lieu 2 jours plus tard. En tant que Francais, c´est un peu bizarre : être invité à un mariage 2 jours avant, et qui plus est, même pas par les mariés (Et le plan de table ?!). Je commence par refuser, mais devant l´insistance de Phone, et sentant que cela lui ferait vraiment plaisir, je finis par accepter (le lendemain, j´ai droit à mon carton d´invitation). Le jour J, je me mets donc sur mon 31 : non, non, pas de cravate mais chemise de rando, un pantalon (7 euros) un peu plus habillé que mes pantalons de trek, ainsi qu´une paire de converses (2,5 euros). La grande classe quoi ! Nous n´assistons pas à la cérémonie (on me montrera les photos le soir), qui a lieu le matin et à laquelle seuls les proches assistent. Le repas de mariage a lieu le midi et comme c´est un jour de semaine (le jour propice au mariage est déterminé en fonction des dates de naissance des mariées, et ne tombe donc pas nécessairement un week-end), la plupart des invités passent pendant leur pause-déjeuner, mangent (une table sur laquelle se trouvent plats et boissons est attribuée à chaque groupe d´invités) puis repartent travailler. C´est donc assez différent de l´ambiance d´un repas de mariage en France. Sinon, on me fera remarquer que c´était un petit mariage : à peine 250 invités ! Beaucoup de mariages atteignent les 1000 invités, et plus il y a d´invités, plus le prestige pour la famille est grand. Le soir, nous ferons un tour dans la maison de la famille du marié où la famille et les proches continuent la fête. Après réflexion, je me dis que c´est trop con d´être aussi près de Keo et de ne pas le revoir. J´étudie toutes les possibilités qui me permettraient d´aller jusqu´à Phongsaly, puis de rejoindre Bangkok dans les temps pour prendre mon vol pour New-York (Il est trop tard pour repousser le vol : Guillaume et Isa m´attendent le week-end prochain et de toutes facons, modifier les dates depuis le Laos est quasiment mission impossible). Ce n´est pas simple mais cela parait jouable, tout en ayant la possibilité de rester 3 nuits sur place (c´est peu, mais c´est toujours mieux que rien). Et puis, cela va me permettre de regoûter à de la bonne route laotienne (jusqu´à présent, j´ai été décu par l´état des routes, bien meilleur que dans mon souvenir ! ;-) ). Il me faut 2 jours pour rejoindre Phongsali en bus : 4 heures jusqu´à Udomxai, où je dois malheureusement passer la nuit (c´est une ville carrefour, sans intérêt (et c´est peu dire !), où tous les commerces sont tenus par des Chinois et dans laquelle on ne s´arrête que contraint et forcé, ce qui arrive presque a chaque fois qu´on doit transiter par Udomxaï) puis 10 heures pour parcourir les 220 km jusqu´à Phongsali (Non, il n´y a pas d´erreur sur les chiffres !), enfin, quand tout se passe bien, qu´il ne pleut pas et qu´il ne faut pas chaîner et tirer le bus parce qu´il s´est retrouvé en travers de la route ! J´arrive de nuit à Phongsali, qui est telle que dans mon souvenir : froid, brouillard, pluie (oui, ca pourrait être Darjeeling !) et toujours aussi peu de touristes ! (en dehors de la météo qui n´est pas tip top à l´exception des mois d´avril et mai, c´est pourtant une région fabuleuse pour les treks). Je n´ai ni adresse, ni numéro de télephone pour contacter Keo : je sais simplement que´il travaille à l´office du tourisme, qui est bien évidemment fermé le week-end (on est vendredi soir !), et qu´il était censé revenir en fin d´après-midi d´un trek de 3 jours (j´avais appelé l´office de tourisme dans la semaine et était tombé sur un de ses collègues, un dénommé Keo, ce qui avait d´ailleurs quelque peu prêté à confusion). Samedi matin, je recontacte ce collègue (qui m´avait gentiment laissé son numéro de portable) : malheureusement, il ne sait pas où habite Keo, mais me renvoie vers une autre collègue qui s´avère ne pas parler un mot d´anglais ! A ce moment-là, je commence à me dire que je suis peut-être venu pour rien. Je fais le tour de la ville (on ne sait jamais) avant de me décider à recontacter le « faux » Keo, qui me dit qu´il s´occupe d´appeler sa collègue. Une demi-heure plus tard, le « véritable » Keo débarque dans la guest-house où je loge. Pendant quelques instants, je lis le doute sur son visage, jusqu´à ce que je réponde affirmativement à sa question : « Are you Philippe ? ». Sa collègue lui avait finalement seulement dit qu´un falang (terme qui à l´origine veut dire "Francais" mais qui désigne tout occidental) le cherchait. Son visage s´éclaire et il se jette dans mes bras. Il est tellement ému qu´il lui faudra un bon moment pour s´en remettre et pouvoir dire autre chose que "I must be dreaming". Je suis invité à manger chez sa soeur et son beau-frère, chez qui il loge, et où je suis recu comme un prince. Par contre, là, il y aura vraiment abus de lao lao (surtout pour Keo d´ailleurs) ! Il me fera également visiter les environs de Phongsaly, que je verrai même sous le soleil ! En tout cas, pour ces quelques instants de joie et d´émotions, je suis heureux d´avoir fait le trajet jusqu´à Phongsaly, mon seul regret étant de ne pas pouvoir rester plus longtemps. Je repars le lundi matin en espérant pouvoir prendre le bus de nuit pour Vientiane à Udomxai (départ théorique : 18 h). J´ai 2 options : le bus local (départ 8h + 10 h de trajet) ou un gars de la Lao Youth Travel qui recherche du monde pour faire le trajet (départ 10 h mais 8 h de trajet). Compte tenu des péripéties du trajet aller, je choisis la seconde option, et cela semble être le bon choix, du moins jusqu´à 5 km de Udomxaï. Il est 17h55 et jusqu´ici tout va bien ... A ce moment là, deux touristes qui ne se sont pas sentis très bien de toute la journée, demandent à s´arrêter pour vomir. Nous repartons 20 minutes plus tard, mais je reste confiant : en 6 semaines au Laos, je n´ai pas vu un bus partir à l´heure ... Et bien si, c´est possible ! Le pire, c´est que le bus en provenance de Phongsaly est déjà la. Sniff ! Il y a des jours comme ca ! Je repasse donc une nuit a Udomxai (soirée télé (comme dans tout bon hôtel destiné à une clientèle chinoise, il y a la télé dans la chambre), car de toutes facons c´est ce qu´il y a de mieux à faire dans cette ville !) et prends finalement un vol pour Vientiane le lendemain après-midi. Je peux même enchaîner directement avec un bus de nuit pour Bangkok (des fois, ca se passe bien !) où j´arrive finalement une journée plus tôt que prévu. Bangkok est une ville que j´ai appris à apprécier avec le temps (la première fois que j´y ai séjourné, j´ai vraiment eu du mal) et il y a des quartiers qui ont vraiment un certain charme, mais c´est aussi une ville qui me fatigue très rapidement (bruit, pollution, circulation ...) surtout après 6 semaines au Laos ! J´en profite pour passer une soirée au Rajadamner Stadium et assister à des matches de boxe Thai, où l´action se déroule autant sur le ring que dans les tribunes, où les Thais viennent en nombre (l´entrée est pourtant loin d´être bon marché : 1000, 1500 ou 2000 baths selon la catégorie, soit entre 22 et 44 €) pour parier : c´est un spectacle hallucinant ! |